Interview d’Issman Cosy Acoustique pour la sortie de leur premier album

par Phil Kort, réalisée en novembre 2015

Phil Kort : Bonjour Joël. Vous venez d’enregistrer chez vous l’album Issman Cosy Acoustique. Pouvez-vous nous présenter le groupe ?

Joël Issadjy : C’est la version légère de plusieurs formations. Au départ d’Issman nous étions cinq. Pour des questions de commodités, il est plus facile de déplacer deux personnes que cinq. Issman était un groupe que nous avons monté avec Nick Manley, un musicien irlandais, un joueur de Bluegrass et toutes sortes de musique, et Issman venait d’Issadjy-Manley. J’ai gardé Issman, en nom de scène, puis la formation a été dissoute, car Nick jouait dans beaucoup de formations. De même pour Simon Buffaud, notre contre-bassiste, et Myriam Coulaud, qui chantait et est partie en solo avec son répertoire.

J’ai fait quelques trucs tout seul. Mais il fallait une guitare supplémentaire, pas plus. J’avais vraiment envie de faire quelque chose de plus latino genre bossa. Je cherchais, mais sans plus, et un jour j’ai rencontré Yves Dupont aux Tréteaux de la Chanson à Limoges. Il était venu avec René Portella. Il était sympa et on a eu un bon feeling. Je l’ai revu à d’autres occasions. Plus tard, je lui ai demandé si ça l’intéresserait de jouer ensemble et il a accepté.

Issman Cosy Acoustique c’est donc Issman, mais qui était seul, Cosy pour le côté cosy, cocooning, sympa et puis Acoustique parce qu’on est vraiment acoustique, juste guitare-voix.

Comment se répartissent les rôles entre Yves et vous ?

Je chante et présente tandis qu’Yves joue, apporte ses arrangements et son côté bossa.

Au départ, il n’osait pas trop car on ne se connaissait pas, je lui ai dit de se lâcher et c’est ce qu’il a fait. Il a bien compris ce que je voulais, a pris confiance, et maintenant on s’apprécie, on se comprend.

On avance, on fait des choses sympas, on a eu quelques concerts et les gens ont l’air d’apprécier ce que l’on fait.

Quelle était l’idée de cet enregistrement ?

Je voulais mettre sur support les nouvelles chansons avec la nouvelle configuration. Je souhaitais aussi enregistrer des nouvelles versions de Notre Jeunesse ou Un Dimanche en Ville… Chaque morceau a une nouvelle vie à chaque version.

Du coup l’idée était d’actualiser mes morceaux et je pense que ce sera les dernières versions qui seront mieux adaptées à ce que je voulais faire.

Qu’est-ce qui vous a amené à la musique ?

J’ai toujours fait de la percussion et c’est assez drôle d’ailleurs, car j’aurai dû m’orienter vers ce type d’instruments plutôt que la guitare ou le chant. J’ai toujours chanté ou sifflé, depuis tout gamin. Quand je rentrais chez moi, je chantais et les gens disaient « tiens voilà le rossignol qui arrive » parce qu’on m’entendait dans l’escalier.

A l’école, c’est quelque chose qui m’attirait. Ma marraine m’offrait des instruments de musique en jouets et disait à ma mère qu’il fallait m’inscrire au conservatoire. Sauf que dans les années 60, il n’y avait que celui de Paris ! Nous avons eu cette possibilité à Yerres, à partir de 1968. Ma mère m’a donc inscrit dans une fanfare, avec une harmonie et une école de musique. Comme j’avais l’habitude de taper sur les tables, je me suis retrouvé tambour. Répéter à la maison, au bout d’un moment… on m’a dit d’arrêter, ce n’était plus possible. On m’a ensuite demandé ce que j’aimerai faire comme instrument et j’ai répondu le piano.

Il y a eu des bouleversements dans ma famille et le piano a été laissé un peu de côté, voire beaucoup. En 1966, j’ai commencé la guitare avec un ami d’un de mes frères, qui est auteur-compositeur-interprète, Angel Girones, aficionado de Georges Brassens. Il était plus vieux que moi, il avait une vingtaine d’années à l’époque. Il m’a donné mes premiers cours de guitare, j’ai trouvé l’instrument sympa, pratique et je m’apercevais qu’au niveau de la gent féminine, ça assurait. Tous les guitaristes le disent ! Puis un autre Angel, d’une famille espagnole, arrivé dans les années 60, Angel Enrique m’a donné mes premiers cours disons « assidus » de guitare. C’était un surdoué autodidacte puis je me suis débrouillé seul.

Entre 1967 et 1975, on montait beaucoup de groupes de musique au collège, les Tréteaux de la Chanson ont démarré là-bas et je les ai recréé à Limoges. On partageait les uns et les autres, on apprenait différentes cultures musicales. Des groupes répétaient au Centre Educatif et Culturel de Yerres (CEC), comme Deep Purple, des petits groupes !

J’ai toujours vécu dans cet univers musical. Comme je dis souvent, j’ai mon métier qui me fait vivre et de l’autre côté, j’ai ma vie. Et ma vie, c’est la musique. S’il y a une chose qui ne s’arrêtera jamais, c’est la musique. Je chanterais tout le temps.

Et pour la chanson justement ?

C’est mon instit’ de CM2, M. Jourdan, qui m’a fait connaître la chanson grâce à la poésie qu’on apprenait en classe. C’est comme ça que j’ai connu Serge Reggiani.

A l’époque Radio France faisait aussi radio scolaire. Tous les mercredis après-midi, il y avait des cours donnés à la radio et en fonction de la matière, il y avait différents créneaux. Ca suivait le programme scolaire. Un jour j’ai écouté le Dormeur du Val d’Arthur Rimbaud dit par Reggiani, c’était en 67, en prélude du Déserteur du Boris Vian, et je suis tombé sous le charme en me disant que la poésie qu’on apprend à l’école et qu’on récite bêtement, c’est assez monotone. Alors que là, j’entendais un mec qui clame ! On est dans la poésie, on voit les images, on voit le conscrit déserteur et qui est mort.

J’ai eu aussi la chance de vivre dans la première commune de France ayant eu un collège Art-Culture. Sous l’impulsion du ministre de l’époque, André Malraux, nous avons eu la chance d’avoir un collège ouvert en 68, et nous avions tous les arts : danse, cinéma, comédie, chanson, musique. On avait nos cours au collège puis on allait vite aux ateliers, au CEC, où on faisait du théâtre en coordination avec les professeurs de Français et de Musique.

J’ai vécu, avec mes amis et toute une génération que ce soit à Yerres ou ailleurs, les Trente Glorieuses en particulier. On a eu du bol, on a eu une vie d’insouciance. On parlait pas de fascisme, de souverainisme, de communautarisme…

De quoi aimez-vous parlez dans vos chansons ?

Ce sont des histoires que je raconte, des histoires vraies. En général, je n’invente pas, ce sont des sujets réels (voir plus bas).

Je dénonce beaucoup ce que je ne fais pas : je ne bois pas d’alcool, je ne téléphone pas au volant donc je me permets de dénoncer.

Des gens me disent que j’ai pas eu une vie facile, mais ce n’est pas ma vie que je raconte, ce n’est pas mon histoire. Je raconte des faits divers que je vais agglomérer dans une chanson de 3 ou 4 minutes.

Quelle expérience souhaitez-vous partager avec le public lors de vos concerts ?

C’est le partage que ce soit avec cette formation ou une autre. C’est la continuité de ce que j’ai déjà fait. J’aime bien les petites salles, car j’aime les spectacles de proximité, être dans l’échange. J’envoie un message avec les chansons et en retour, j’aime qu’il y ait des gens qui captent ce message, même s’il y en a pas beaucoup. Une personne sur 100 qui capte, ça me suffit.

C’est ce qui s’est passé pour Un Cri dans la Nuit. La première fois que je l’ai chantée, ça a marché tout de suite : il y a une femme qui est venue et qui m’a dit que c’était son histoire, alors qu’elle avait 40 ans ! C’est ce que j’attends dans une salle, le genre de chanson qui fait tilt. Pour Mlle K, les gens se disent « j’ai eu une institutrice qui était comme ça aussi. » On a des souvenirs en commun.

Je commence en attaquant les chasseurs, mais tout est vrai ! La chanson démarre avec « dès le samedi matin, la cervelle au fusil vont tirer la perdrix, » je me fais pas des copains.

Pour le titre, j’écoutais Michel Blanc à la télé qui disait « Qu’il doit être Terrible d’être aimé par des cons ! » Je me suis noté cette phrase et la chanson est venue naturellement après. À chaque fois avant de commencer, je regarde Yves pour savoir si on la fait.

Le but des concerts, c’est de rencontrer les gens, discuter avec eux et ça me permet aussi d’avoir d’autres idées de chansons ou bien de rectifier quelque chose. En général, je ne rectifie pas à la baisse, toujours à la hausse, car certaines personnes précisent que j’ai oublié tel point et qu’il faudrait le dire aussi.

Quel est le programme pour Issman Cosy Acoustique ces prochains mois ?

Pour l’instant, rien de précis vraiment. Mais on va faire la promotion du groupe et aller jouer, dans des petites salles, dans les petits festivals, des petits cabarets, en France ou hors de France, dans les pays francophiles…

Un dernier mot ?

J’ai un fil conducteur et c’est pour ça que j’écris des chansons comme ça : « vivons nos différences dans nos ressemblances. »

Merci Joël, à bientôt et bonne musique surtout.

A propos de Mlle K :

C’est une institutrice que j’ai eue au CP. Elle était rapatriée d’Algérie en 62, arrivée en France à une trentaine d’années. Elle est devenue directrice d’école ensuite. On l’appelait Mademoiselle car on pensait qu’elle était célibataire, mais elle avait été mariée en Algérie et son patronyme était son nom d’épouse, ce n’était pas son nom.

La première fois que je l’ai chantée sur France 3, j’ai reçu des messages par mail et Facebook pour me dire « il n’y a pas besoin de dire qui c’est, on l’a reconnu ! » Ce que je décris, les bottes, les cuissardes, le chignon, le tailleur, tout est vrai. Elle arrivait toujours très classe, les cheveux noirs, le chignon, elle avait beaucoup de charme et plaisait beaucoup aux hommes, mais derrière ça, une sadique ! Elle s’est remariée ensuite avec un Général de l’armée et je l’ai pas revue depuis ces années, mais mes amis d’enfance la revoit de temps à autre et me disent qu’elle a toujours les talons aiguilles, chignon, tailleur, toujours bien mise, à 81 ans.

Je l’ai eu au téléphone et elle m’a dit qu’elle était toujours pareille et qu’elle était une gentille institutrice… « Quand même pas ! » j’avais envie de répondre. Elle ne connait pas encore la chanson, mais je lui ai dit que j’avais écrit une chanson sur elle, je ne suis pas sûr qu’elle l’apprécie… quoiqu’elle a de l’humour.

Crédits photo : Patrice Lesaque, Christian Gueirard, Marie Robin

Quelques liens :
– le groupe, désormais trio sur Facebook, avec
– Joël Issady sur Facebook, sur Youtube, sur MySpace et SoundCloud
– Yves Dupont sur Facebook et SoundClound
– et Daniel Alquier.

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